
Saviez-vous que le taux de survie après un arrêt cardiaque en France est de seulement 6% - mais qu'il atteint 30% dans les casinos de Las Vegas ? Que les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez la femme en France, devant tous les cancers réunis ? Que dans 50% des cas, la fibrillation atriale - ce trouble du rythme qui multiplie par cinq le risque d'AVC - est totalement silencieuse ? Et que votre montre connectée pourrait aujourd'hui vous sauver la vie ?
C'est ce que nous révèle le Dr. Walid Amara dans ce nouvel épisode de Healthier Humanity.
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Figure majeure de la cardiologie française, le Dr. Walid Amara est spécialiste en rythmologie - l'électrophysiologie du cœur - et exerce depuis plus de 20 ans. Président du Collège National des Cardiologues des Hôpitaux pour la région parisienne et coordinateur du groupe Rythmologie du CNCH, il est l'une des voix les plus engagées en faveur d'une médecine cardiovasculaire plus préventive et plus accessible.
À travers une pédagogie rare, il nous livre une vision à la fois lucide et profondément optimiste : « Je suis persuadé que les années à venir vont apporter plein de bonnes nouvelles en termes de prévention et de traitement des maladies cardiovasculaires. »
Dans cette conversation riche en enseignements, découvrez :
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans le monde - et pourtant, elles sont largement évitables. Que vous ayez 30, 45 ou 65 ans, cet épisode vous donnera les clés concrètes pour comprendre votre cœur, identifier les signaux d'alerte et agir avant qu'il ne soit trop tard. Car comme le rappelle le Dr. Amara : en cardiologie moderne, savoir agir vite - et agir bien - change tout.
Dr. Walid Amara : On est à peu près à 6% de survie après un arrêt cardiaque en France. Savez-vous le pourcentage de survie si vous faites un arrêt cardiaque dans un casino de Las Vegas ? C'est 30%.
Il est décédé d'un arrêt cardiaque. Après cet arrêt cardiaque, j'ai regroupé mes enfants à la maison et je leur ai dit : « Qu'est-ce que vous savez faire ? » C'était une catastrophe. Je pense que si je fais un arrêt cardiaque à la maison, je suis juste mort.
Reconnaître un arrêt cardiaque, c'est quelqu'un qui est inconscient et qui ne respire pas. Très simple.
L'hypertension artérielle, c'est la maladie cardiaque la plus fréquente. C'est 14 millions d'hypertendus en France traités, et certains ne sont pas encore diagnostiqués.
Si vous êtes essoufflé, fatigué, si vous commencez à prendre du poids, demandez à votre médecin - c'est peut-être un signe avant-coureur d'insuffisance cardiaque.
Moi, je suis un éternel optimiste. Je suis persuadé que les années à venir vont apporter plein de bonnes nouvelles en termes de prévention et de traitement des maladies cardiovasculaires.
Jean-Charles Samuelian : Et si vous pouviez vivre vieux en pleine forme ? Bienvenue sur Healthier Humanity. Je suis Jean-Charles Samuelian, le cofondateur et CEO d'Alan. Dans ce podcast, j'interviewe des scientifiques, des médecins, des athlètes pour creuser le sujet de la longévité. Abonnez-vous si vous voulez reprendre votre santé en main et ne manquer aucun épisode.
Aujourd'hui, j'ai la chance et l'immense honneur d'accueillir le Dr. Walid Amara. Merci beaucoup d'être là, docteur.
Dr. Walid Amara : Bonjour.
Jean-Charles Samuelian : Le Dr. Walid Amara est une figure majeure de la cardiologie en France et une véritable référence en rythmologie - et on va comprendre ce que c'est, ce n'est pas que danser. Vous êtes également président du Collège National des Cardiologues des Hôpitaux pour la région parisienne, et coordinateur du groupe Rythmologie du CNCH. À travers votre expertise et votre engagement, vous portez une vision essentielle sur l'avenir de la cardiologie et de la prévention des maladies cardiovasculaires, qui constituent la première cause de mortalité dans le monde.
Aujourd'hui, on va explorer ce très vaste univers : qu'est-ce qu'une maladie cardiovasculaire, qui cela touche, quels sont les signes avant-coureurs, comment on prévient, comment on diagnostique. Ce sont des pathologies qui touchent des millions de personnes dans le monde.
Pour commencer, pouvez-vous nous raconter l'histoire d'un patient qui vous a profondément touché et qui donne du sens à ce que vous faites ?
Dr. Walid Amara : C'est une excellente question. Je dis toujours, quand on me demande s'il faut encourager les jeunes à faire médecine : si un jeune est passionné, il faut qu'il y aille. Ce qui nous pousse à continuer, c'est qu'à chaque fois qu'on nous dit merci, on remet une pièce dans la machine et c'est reparti. C'est juste extraordinaire - c'est un métier où on a très souvent de bonnes nouvelles, très souvent des résultats positifs. Parfois des complications, des évolutions négatives, ça arrive. Mais le plus souvent, ce sont de belles histoires.
Pour vous donner un exemple concret : aujourd'hui même, j'avais des consultations programmées, et ma secrétaire m'informe qu'il y a deux patients qui ont appelé, qui ne se sentaient pas bien. Je les ai rajoutés à la fin. Ces deux patients ont dû être hospitalisés. On leur a rendu service - si on ne les avait pas vus, ils seraient peut-être allés aux urgences et auraient attendu plus longtemps. On a pu les prendre en charge plus précocement.
Ça nécessite de la souplesse, ça nécessite de prendre du temps. On manque un peu de médecins en France. Mais le fait qu'ils nous disent merci - on remet une pièce dans la machine et c'est reparti.
Jean-Charles Samuelian : Et qu'est-ce que la cardiologie ? C'est un terme qu'on entend beaucoup. Comment ça se définit, qu'est-ce que ça concerne ?
Dr. Walid Amara : La spécialité s'appelle officiellement « cardiologie et pathologie vasculaire ». C'est tout ce qui s'intéresse aux maladies cardiaques et aux maladies des vaisseaux sanguins - artères, veines, problèmes de phlébite, de varices, etc.
C'est à la fois une spécialité de traitement et, de plus en plus, une spécialité de prévention - les facteurs de risque cardiovasculaire : hypertension, diabète, cholestérol. C'est également une spécialité très technique, avec des sur-spécialistes :
Certains patients nécessitent des interventions chirurgicales. Le cardiologue n'ouvre pas le thorax lui-même, mais il peut implanter des valves par voie percutanée. Quand il faut ouvrir le thorax - pontage, remplacement de valve chirurgical, transplantation - c'est le chirurgien cardiaque.
Jean-Charles Samuelian : C'est complémentaire.
Dr. Walid Amara : Tout à fait, c'est complémentaire.
Jean-Charles Samuelian : Quelles sont les grandes maladies cardiovasculaires ?
Dr. Walid Amara : On peut avoir une vision presque pyramidale.
À la base, les maladies qui favorisent les formes plus graves - au premier rang, l'hypertension artérielle : la maladie cardiaque la plus fréquente, 14 millions d'hypertendus traités en France, et certains ne sont même pas diagnostiqués.
Ensuite, si une maladie cardiaque se développe :
Pour ce rétrécissement, autrefois obligatoirement opéré à cœur ouvert. Aujourd'hui, grâce à une innovation française - le Professeur Alain Cribier a réalisé la première procédure dans le monde il y a plus de 20 ans, malheureusement il nous a quittés - on peut monter une nouvelle valve par l'artère fémorale sans chirurgie. Cette technique est maintenant répandue dans le monde entier.
Jean-Charles Samuelian : Quelles sont les maladies qui poussent à agir très vite ?
Dr. Walid Amara : Il y a des urgences absolues.
La première, c'est l'infarctus du myocarde. Si vous avez une douleur centrale à la poitrine, qui serre, qui oppresse, qui irradie dans les bras - surtout le gauche - le message est simple : appelez le SAMU. En France, le SAMU envoie un médecin directement chez vous - ce que tous les pays n'ont pas. Aux États-Unis, ce sont des paramédics. En France, le médecin fait l'ECG sur place, confirme, et vous adresse en urgence vers une salle de coronarographie pour déboucher l'artère.
La deuxième, c'est l'arrêt cardiaque. Le taux de survie est d'environ 6% en France - c'était 3% il y a quelques années.
Jean-Charles Samuelian : 6% de survie ?
Dr. Walid Amara : Oui. Savez-vous quel est le pourcentage de survie dans un casino de Las Vegas ? 30%. Parce qu'il y a des caméras partout et des défibrillateurs à portée immédiate. L'intervention est quasi instantanée.
Anecdote personnelle : j'étais à Las Vegas avec ma fille, je l'avais assise sur un siège de casino - en une minute, quelqu'un m'a dit qu'on n'a pas le droit de mettre les enfants devant les machines à sous. Il y a des caméras absolument partout.
Je rends hommage au Professeur Jean-Philippe Collet, professeur de cardiologie à la Pitié-Salpêtrière, qui nous a quittés il y a un peu plus d'un an - décédé d'un arrêt cardiaque. Après cet événement, j'ai regroupé mes propres enfants à la maison et je leur ai demandé ce qu'ils savaient faire. C'était une catastrophe. Si je faisais un arrêt cardiaque à la maison, j'étais simplement mort.
Reconnaître un arrêt cardiaque, c'est simple : quelqu'un d'inconscient qui ne respire pas. On pose la main devant la bouche - pas de buée, il ne respire pas. À ce moment-là, trois choses simultanément :
Des applications comme Save Life permettent de géolocaliser les défibrillateurs. Il faut continuer à former tout le monde, enfants compris.
Jean-Charles Samuelian : Qu'est-ce qui provoque un arrêt cardiaque ?
Dr. Walid Amara : Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le plus souvent le cœur ne s'est pas arrêté. La cause la plus fréquente, c'est la fibrillation ventriculaire : les ventricules s'emballent à plus de 300 battements par minute - ils battent tellement vite qu'ils ne bougent plus. La seule solution : l'électrochoc.
Jean-Charles Samuelian : Et pourquoi le cœur s'emballe ?
Dr. Walid Amara : La cause la plus fréquente, c'est l'infarctus - la maladie coronaire. Mais ça peut aussi être des maladies génétiques qu'on ignorait.
Vous vous souvenez de Christian Eriksen, le footballeur danois qui avait fait un arrêt cardiaque sur le terrain à l'Euro 2020 ? J'ai regardé la scène. La première réaction a été de le mettre en position latérale de sécurité - ce n'est pas ce qu'il faut faire. Il a fallu une à deux minutes pour commencer le massage. Ensuite, les images ont été protégées. Mais en tant que médecin, on voit les détails : massé, défibrillateur amené, choqué. Il a survécu.
Ça illustre bien que même à ce niveau - des joueurs screénés avec des échos régulières - il peut y avoir des anomalies génétiques invisibles. Il a reçu un défibrillateur sous-cutané - une prothèse implantée sous la peau - et il a repris le football au niveau international. Même après un arrêt cardiaque, on peut reprendre le sport.
Jean-Charles Samuelian : Quels sont les grands paramètres qui mènent aux maladies cardiovasculaires ?
Dr. Walid Amara : Il y a deux catégories.
Les facteurs non modifiables :
Les facteurs modifiables :
Ces facteurs de risque cardiovasculaire : il faut les identifier, les traiter, les contrôler régulièrement.
Jean-Charles Samuelian : Quelle est la fonction du cholestérol dans le corps, et qu'est-ce qui fait que le LDL est délétère ?
Dr. Walid Amara : Le cholestérol fait partie de l'organisation naturelle de nos cellules - on en fabrique dès la naissance.
Sur un bilan biologique : le cholestérol total ne nous intéresse pas trop. Les triglycérides peuvent être athérogènes à des niveaux très élevés, et provoquer des pancréatites. Bonne nouvelle : ils répondent bien au régime - ils dépendent du sucre, de l'alcool, du poids.
Ce qui compte vraiment :
Pour traiter le LDL : les statines. Des médicaments validés dans des essais randomisés en double aveugle, très efficaces sur les maladies coronaires et les AVC. Certains les critiquent dans le grand public, mais les preuves sont là.
Quand les statines ne suffisent pas : on ajoute des inhibiteurs de l'absorption intestinale du cholestérol, ou des médicaments injectables.
Jean-Charles Samuelian : Les statines bloquent la fabrication du cholestérol ?
Dr. Walid Amara : Elles inhibent l'HMG-CoA réductase - une enzyme clé dans la fabrication du LDL par le foie. Elles ne l'arrêtent pas complètement, mais l'objectif est de le réduire d'environ moitié.
Jean-Charles Samuelian : Il est fabriqué où, ce cholestérol ?
Dr. Walid Amara : Dans le foie.
Les statines peuvent provoquer des douleurs musculaires, dose-dépendantes - on commence toujours par de petites doses. Certaines en donnent moins que d'autres. On surveille aussi le bilan hépatique, mais une prise de sang annuelle suffit.
Jean-Charles Samuelian : Pouvez-vous définir exactement l'hypertension, comment ça fonctionne, à quel âge ça se déclenche ?
Dr. Walid Amara : C'est une élévation anormale de la pression dans les artères. On mesure deux chiffres : la systolique (pression quand le cœur éjecte) et la diastolique (pression entre deux battements). La tension normale : moins de 14/9. Idéalement moins de 12/8. Plus c'est bas, mieux c'est - mais pas en dessous de 10.
Sur les outils : brassard au bras ou au poignet. Les montres connectées s'y intéressent, mais ce n'est pas encore validé sans brassard. Des études prometteuses sont en cours.
L'hypertension se développe pour plusieurs raisons :
Le vieillissement : les artères se calcifient, deviennent plus rigides - moins elles s'expandent, plus la pression augmente. → Avec le vieillissement de la population, de plus en plus d'hypertension.
Les facteurs environnementaux - l'hypertension "primitive" :
Des causes secondaires : très rares (5% des cas) - tumeur surrénale, rétrécissement des artères rénales. Chez un hypertendu de moins de 30 ans, on cherche systématiquement. Si on trouve une tumeur surrénale, on l'enlève et l'hypertension disparaît. Mais c'est exceptionnel.
Jean-Charles Samuelian : Quels sont les symptômes de l'hypertension ?
Dr. Walid Amara : Au départ, souvent silencieuse. Puis :
Les trois en même temps ? Très suspect. Prenez votre tension.
Jean-Charles Samuelian : On a tout le temps une tension élevée, ou c'est par pics ?
Dr. Walid Amara : Il faut répéter les mesures. Une tension élevée chez le médecin peut être une hypertension blouse blanche - faussement élevée par le stress de la consultation.
Le protocole d'automesure : trois mesures le matin (on ne compte pas la première), trois mesures le soir, pendant trois jours d'affilée. Soit 18 mesures à apporter au médecin.
Si les niveaux sont peu élevés, on commence par des mesures d'hygiène de vie : sel, poids, activité physique. Si on est jeune avec des chiffres très légèrement élevés, ça peut suffire à éviter les médicaments. Car une fois qu'on commence un traitement, on est parti pour la vie - si on arrête, la tension remonte.
Jean-Charles Samuelian : C'est quoi le chiffre le plus haut que vous ayez vu ?
Dr. Walid Amara : Plus de 20, c'est sûr. On revérifie, on calme le patient. Parfois, ça justifie une hospitalisation en urgence : 2-3 jours, examens, début de traitement.
Jean-Charles Samuelian : Pourquoi dit-on que l'hypertension est un tueur silencieux ?
Dr. Walid Amara : Parce qu'on ne la sent pas. On a mal à la tête le soir, on se dit que c'est la fatigue. Et pourtant, elle agit en permanence :
Jean-Charles Samuelian : Parce qu'il y a trop de pression.
Dr. Walid Amara : Trop de pression, et ça cède. Et malheureusement, c'est très grave.
Jean-Charles Samuelian : Il y a des traitements à vie ou des changements de comportement ?
Dr. Walid Amara : Les changements de comportement d'abord. On n'a pas encore parlé du syndrome d'apnée du sommeil, souvent négligé. Avec l'obésité, il devient plus fréquent. Les personnes qui arrêtent de respirer la nuit ont une oxygénation dégradée, ce qui favorise l'hypertension et d'autres maladies cardiaques.
Si les mesures d'hygiène de vie ne suffisent pas : des médicaments - de plus en plus souvent des associations de deux ou trois dans le même comprimé, les polypills, pour améliorer l'observance.
Le meilleur moment pour prendre un médicament ? Jamais. Et si on doit en prendre un, c'est le matin - le seul moment universel, le petit déjeuner.
De nouvelles approches arrivent :
Jean-Charles Samuelian : D'où vient le calcaire qui s'accumule dans les artères ?
Dr. Walid Amara : L'élément numéro un, c'est le cholestérol LDL qui se dépose à l'intérieur de la paroi artérielle - l'intima. Problème particulier dans les petites artères : les coronaires sont millimétriques.
Le cholestérol se dépose, l'organisme le reconnaît comme un intrus. Les macrophages viennent le "manger". Des facteurs inflammatoires entrent en jeu. À l'occasion d'une grippe ou d'un gros stress, il peut y avoir une rupture de plaque : la paroi s'ouvre de l'intérieur. Le corps envoie des plaquettes pour colmater - mais en colmatant, il crée un caillot qui bouche l'artère → infarctus du myocarde.
C'est pour ça qu'on doit baisser le cholestérol. Une artère peut être peu rétrécie mais avoir une paroi très fine et fragile. Si elle se rompt, le caillot bouche tout.
Jean-Charles Samuelian : Elle crée le caillot.
Dr. Walid Amara : Exactement. Il faut aller l'ouvrir rapidement, retirer le caillot, et poser des stents - des petits ressorts qui plaquent la paroi pour maintenir l'artère ouverte. On prescrit des anti-agrégants pour éviter la récidive, et on traite le cholestérol à fond.
Jean-Charles Samuelian : Quelle est la prévalence de l'infarctus ?
Dr. Walid Amara : Plusieurs centaines de milliers d'infarctus chaque année en France. Rien que dans Paris et sa région - 10 millions d'habitants - une dizaine d'infarctus par soir. Une quinzaine à une vingtaine d'unités de soins intensifs de cardiologie en Île-de-France, une dizaine de salles de coronarographie ouvertes 24h/24. Si vous faites un infarctus, le SAMU vous amène dans l'une de ces salles.
Jean-Charles Samuelian : Et combien de personnes survivent ?
Dr. Walid Amara : La survie est importante - à condition d'agir vite. Le principe clé : la "golden hour". Dans la première heure, le caillot est frais, pas encore de dégâts importants sur les cellules. Si on ouvre rapidement, la mortalité est très faible - proche de la population générale.
Au bout de 12-24 heures, des cellules myocardiques sont déjà détruites. Ces zones se fibrosent - on fait avec ce qui reste.
Jean-Charles Samuelian : Y a-t-il des pics d'infarctus dans la journée ou l'année ?
Dr. Walid Amara : Plusieurs types :
Jean-Charles Samuelian : Comment prévient-on les maladies coronaires ?
Dr. Walid Amara : La prévention est l'élément majeur. En France, les deux tiers des patients cardiovasculaires sont dans la phase des facteurs de risque, un tiers ont déjà une maladie déclarée. Mais les dépenses vont dans le sens inverse - trop vers la maladie, pas assez vers la prévention.
La prévention commence dès l'école : alimentation, lutte contre le tabac - qui n'est d'ailleurs pas assez cher en France, il devrait être bien plus dissuasif -, activité physique.
Après un infarctus : médicaments pour le cholestérol, pour aider le cœur. Parfois des défibrillateurs en préventif. Suivi partagé entre généraliste et cardiologue.
Et à ceux qui auraient peur : ça se soigne, ça se gère. La cardiologie moderne est très efficace.
Jean-Charles Samuelian : À quel moment faut-il commencer à faire des check-up avec un cardiologue ?
Dr. Walid Amara : Il n'y a pas de règle absolue, mais je pense qu'à partir de 40 ans, il faut avoir une évaluation précise de ses facteurs de risque. Pas nécessairement avec un cardiologue dans un premier temps, mais un état des lieux complet.
Il existe des abaques - des tables de risque - sur lesquelles on peut entrer ses facteurs de risque et obtenir son risque d'événement cardiovasculaire à 10 ans. Ce risque va déterminer la sévérité de la prise en charge : médicaments ou mesures d'hygiène de vie ?
Jean-Charles Samuelian : Et les facteurs de risque, comment les évalue-t-on concrètement ?
Dr. Walid Amara : Un bilan simple :
C'est essentiellement ça. Simple, mais indispensable.
Jean-Charles Samuelian : En termes de prévention et d'activité physique, quels sont les protocoles ? On entend parler de VO2max notamment.
Dr. Walid Amara : Soyons simples. L'activité physique, c'est tous les jours.
Quand j'ai eu ma première montre connectée, j'ai réalisé que je ne faisais que 3 000 pas par jour - une catastrophe. Je pensais qu'à l'hôpital on atteignait 10 000 pas. Mais même mes internes marchent moins aujourd'hui - l'informatisation les maintient devant leurs écrans. Avant, on allait voir le radiologue, on allait au labo. Maintenant, tout arrive sur ordinateur.
Ça m'a poussé à changer : monter les escaliers, prendre le vélo, prendre les transports plutôt que la voiture.
Les recommandations concrètes :
Trouvez ce qui vous plaît. Je dis à mes patients : « Mettez un vélo d'appartement devant votre télé. » Ou faites vos réunions en marchant. Mettez un tapis de marche sur votre bureau. Il y a plein de petits moyens simples.
Jean-Charles Samuelian : Avec Alan, on a lancé Alan Play, qui fait marcher nos membres 20 à 30 000 pas de plus par mois grâce à la gamification. Et ce que j'entends, c'est qu'en plus de ça, 30 minutes de vrai cardio par jour est recommandé.
On n'a pas encore parlé de votre sur-spécialité - la rythmologie. Qu'est-ce qu'un trouble du rythme cardiaque ?
Dr. Walid Amara : Le rythmologue, c'est l'électricien du cœur. Il prend en charge deux situations : soit le cœur bat trop vite, soit il est trop lent.
Les rythmes lents
Avec l'âge, les fils électriques du cœur se dégradent - comme le câble de chargeur de votre téléphone qui commence à dysfonctionner. On a des ratés, des malaises, des pertes de connaissance. À l'ECG, on voit un cœur très lent.
La solution : le stimulateur cardiaque - le pacemaker. Un petit boîtier sous la peau avec un ou deux fils vers le cœur. Il existe aussi des stimulateurs sans sonde : une petite puce montée par les veines et larguée directement à l'intérieur du cœur, en totale autonomie.
Les rythmes rapides
Un effort, une émotion forte → le cœur s'accélère. C'est la tachycardie sinusale physiologique, qui s'arrête quand l'effort cesse. Pas pathologique.
Mais il existe des tachycardies pathologiques. Deux exemples importants :
1. Les tachycardies jonctionnelles (ou de Bouveret) Décrites par le docteur Bouveret avant même l'existence de l'ECG : chez des sujets jeunes, des emballements qui démarraient brutalement, s'arrêtaient brutalement, très rapides et très réguliers. C'est un court-circuit - une voie électrique supplémentaire dans le cœur. On peut la couper de manière interventionnelle : cathéters par les veines, cartographie 3D du cœur, brûlure par radiofréquence ou cryothérapie.
2. La fibrillation atriale De plus en plus fréquente. Hommage au Professeur Michel Haïssaguerre, qui a publié en 1988 dans le New England Journal of Medicine que la fibrillation atriale vient de l'oreillette gauche - plus précisément de petites invaginations de tissu musculaire au sein des veines pulmonaires.
La fibrillation atriale : les oreillettes s'emballent de manière anarchique. Deux inconvénients majeurs :
La bonne nouvelle : on peut traiter à la source. On va brûler les foyers déclencheurs autour des veines pulmonaires - c'est l'ablation de fibrillation atriale. Si vous êtes jeune et gêné par une FA, des procédures interventionnelles sont disponibles, pas seulement des médicaments.
La rythmologie nécessite des années de formation supplémentaire - et on continue d'apprendre toute sa vie.
Jean-Charles Samuelian : Pourquoi ce domaine continue-t-il à évoluer autant ?
Dr. Walid Amara : Parce qu'il est très dépendant de la technologie.
Sur les médicaments : il y a 20 ans, on n'avait que les antivitamines K pour les anticoagulants, avec des prises de sang très régulières - au moins une fois par mois. Aujourd'hui, des anticoagulants modernes ne nécessitent plus de surveillance biologique. Une révolution.
Sur les techniques d'ablation : on brûlait d'abord par le chaud - la radiofréquence. Puis par le froid - la cryothérapie. Maintenant, une nouvelle énergie : l'électroporation. Très précise, elle ne s'attaque qu'aux cellules musculaires cardiaques, sans toucher l'œsophage ou le nerf phrénique - moins d'effets secondaires.
Et comme les maladies cardiaques sont mieux traitées, les patients vivent plus longtemps et font de la fibrillation atriale ultérieurement. Sans compter les sujets de 30 ans sans antécédent, pour qui la demande de traitement est forte.
Jean-Charles Samuelian : En tant que patient, comment sait-on que son cœur bat trop vite ou trop lentement ?
Dr. Walid Amara : Ça peut être silencieux. Dans 50% des cas, la fibrillation atriale est asymptomatique. On dépiste donc activement les patients à risque - ceux qui ont fait un infarctus ou souffrent d'insuffisance cardiaque.
Mais le plus souvent, on le ressent : un emballement inhabituel, un cœur qui bat la chamade d'une façon qu'on ne reconnaît pas.
Si l'emballement dure plus de 5 à 10 minutes sans s'arrêter : aller aux urgences, faire un électrocardiogramme. Une FA peut provoquer un AVC - il faut le savoir vite.
Le problème classique : quand vous consultez, l'ECG est normal. Le trouble est passé. On peut alors utiliser :
Jean-Charles Samuelian : Sur les montres connectées...
Dr. Walid Amara : Ce sont des outils grand public que nous utilisons maintenant comme des dispositifs médicaux.
L'Apple Watch - première à intégrer la fonction ECG dès la génération 4 - était bridée au lancement en France car sans marquage CE. C'est un dispositif médical au sens réglementaire.
Chez un patient avec des palpitations épisodiques dont le Holter revient normal, je conseille d'investir dans une montre avec ECG. D'ailleurs, il y a une ironie classique : quand on vous pose un Holter, vous êtes tellement rassuré d'être surveillé que vous ne faites rien ce jour-là. La plupart des Holters reviennent normaux.
Ces montres ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, mais on n'est pas obligé d'acheter la dernière génération. C'est un outil auquel je crois énormément.
Jean-Charles Samuelian : À partir de 40-50 ans, quels sont les examens qui devraient être systématiques ?
Dr. Walid Amara : Un check-up cardiovasculaire est indispensable. C'est souvent à l'occasion d'un prêt immobilier que les gens le font pour la première fois. Le bilan minimum doit comprendre :
Si vous avez un ou plusieurs facteurs de risque, vous serez orienté vers un cardiologue. La première consultation : interrogatoire, examen clinique, électrocardiogramme de repos.
Ensuite, selon le profil :
Jean-Charles Samuelian : Quel test faites-vous lors de la première consultation ?
Dr. Walid Amara : On interroge le patient, on l'examine, et on fait un électrocardiogramme. C'est la base. Tout le reste découle des résultats et du profil de risque.
Jean-Charles Samuelian : On entend souvent que le diagnostic est plus tardif chez les femmes. Comment l'expliquez-vous ?
Dr. Walid Amara : C'est un vrai sujet. Plusieurs raisons.
D'abord, les symptômes atypiques : l'infarctus classique avec grosse douleur thoracique irradiant dans le bras gauche, c'est souvent la présentation masculine. Chez la femme, ce peut être une simple gêne, une fatigue inhabituelle, un essoufflement - moins facilement reconnus.
Ensuite, des facteurs sociaux : les femmes ont tendance à s'occuper d'abord de leur famille avant de consulter pour elles-mêmes.
Et jusqu'à récemment, la médecine considérait les femmes comme moins à risque cardiovasculaire - donc moins de vigilance dans le dépistage.
Or la réalité est frappante : si les maladies cardiovasculaires sont la deuxième cause de décès en France globalement, elles sont la première cause de décès chez la femme. C'est un message essentiel.
Je vous invite à inviter le docteur Claire Mounier-Vehier, qui s'occupe de l'association "Agir pour le Cœur des Femmes". Ils font du dépistage itinérant dans toute la France avec un bus. C'est un vrai sujet.
Jean-Charles Samuelian : Quelles sont les innovations les plus prometteuses qui vont transformer encore votre métier ?
Dr. Walid Amara : Je dis souvent : si vous alliez en prison un an ou deux et que vous reveniez, vous ne reconnaîtriez plus la spécialité. J'exerce depuis 20 ans, et ce que je faisais à l'époque n'est plus ce que je fais aujourd'hui.
Les grandes directions :
1. La prévention - toujours le point faible. Sous-financée, peu médiatisée. Si je vous parle de vaccination, ça intéresse moins que des petits cathéters dans les artères. Il faut faire évoluer les mentalités.
2. Les interventions moins invasives - on n'ouvre plus le thorax pour beaucoup de choses. On peut déjà remplacer la valve aortique par voie percutanée. De plus en plus, quasiment toutes les valves seront remplaçables de cette façon.
3. La miniaturisation des prothèses et l'allongement de leur durée de vie : en France, 60 000 pacemakers implantés chaque année, plus de 10 000 défibrillateurs. Un pacemaker dure une dizaine d'années - puis il faut le changer. Des travaux importants visent des prothèses plus petites, plus durables, pour éviter les réinterventions.
4. Les thérapies à ARN - peut-être le plus prometteur.
Prenez l'hypercholestérolémie familiale - une mutation génétique qui élève massivement le cholestérol. On peut aujourd'hui mettre ce gène en "silence" avec des thérapies à ARN. Le cholestérol revient à des taux normaux. C'est impressionnant.
Jean-Charles Samuelian : Ces thérapies existent déjà ? Ce sont des thérapies géniques ?
Dr. Walid Amara : Ce sont des thérapies à ARN - et je rassure tout le monde : l'ARN ne modifie pas votre génome. Comme les vaccins à ARN lors du Covid - ils ne touchaient pas au génome, ils donnaient simplement la recette pour produire la bonne protéine. Ces médicaments pourraient être injectés une fois tous les six mois. Au lieu de comprimés quotidiens, une injection biannuelle corrige le facteur de risque.
La limite ? Le coût. Le financement et le remboursement seront les vrais enjeux.
Sur le cholestérol : des médicaments à ARN sont en phase 3 d'études cliniques ou en train de finaliser. Ils arrivent.
Jean-Charles Samuelian : Excellent.
Jean-Charles Samuelian : Avez-vous un ou deux derniers messages à faire passer ?
Dr. Walid Amara : Deux messages.
Le premier, c'est la prévention. On voit bien que la société évolue dans le mauvais sens : obésité, sédentarité... Même nos enfants vont jouer sur les écrans plutôt que de jouer au ballon dehors - et il n'est de toute façon plus possible de jouer dans la rue comme avant. Le message numéro un, il est là.
Le deuxième, c'est que les médecins sont là. On a commencé cet épisode par le "merci" - le carburant du médecin. La médecine nécessite d'être valorisée. On vit dans une ambiance un peu négativiste en France - c'est très français - mais les médecins sont là pour soigner, et ils doivent pouvoir le faire dans de bonnes conditions.
Moi, je suis un éternel optimiste. Je suis persuadé que les années à venir vont apporter plein de bonnes nouvelles en termes de prévention et de traitement des maladies cardiovasculaires. En tout cas, c'est comme ça que je vois les choses.
Jean-Charles Samuelian : Merci Dr. Walid Amara pour cette vision optimiste d'un sujet qui peut être très sérieux. On voit que les outils évoluent très fortement, et que les clés de la prévention sont assez claires et actionnables pour tous :
Ces quatre leviers sont très puissants pour réduire le risque cardiovasculaire. Vous nous avez aussi donné des exemples très concrets de comment détecter les signaux d'alerte et quoi faire quand ils apparaissent.
Chers auditeurs, si vous avez autant appris et adhéré aux idées du Dr. Walid Amara, partagez cet épisode autour de vous. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes en France, la deuxième chez les hommes. Partagez, likez, commentez, abonnez-vous à Healthier Humanity si vous voulez continuer à apprendre sur votre santé et votre longévité.
Docteur, encore un immense merci. C'était une discussion passionnante.
Dr. Walid Amara : À bientôt.
Mis à jour le 10/06/2026
Publié le 10/06/2026
Mis à jour le
10 juin 2026
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