Saviez-vous que les troubles de l'érection chez les 18-25 ans sont aujourd'hui plus fréquents que chez les 25-40 ans - une première dans toute l'histoire de l'humanité ? Que beaucoup de femmes pensent encore qu'il est normal d'avoir mal pendant les rapports sexuels ? Que votre vie sexuelle est l'un des meilleurs indicateurs de votre santé globale ? Et que soigner un problème d'érection peut réduire votre risque d'infarctus, d'AVC et même d'Alzheimer ?
C'est ce que nous révèle le Dr Gilbert Bou Jaoudé dans ce nouvel épisode de Healthier Humanity.
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Figure majeure de la sexologie en France, le Dr Bou Jaoudé est médecin sexologue depuis plus de 25 ans, ancien président de la Société francophone de médecine sexuelle et directeur scientifique de Charles.co. Pionnier dans la démystification de ce sujet encore trop tabou, il a fondé dès l'an 2000 la première hotline française sur la santé sexuelle.
Dans cette conversation sans détour, il nous dévoile un constat frappant : « On n'a pas un problème sexuel comme ça, sans raison. Si vous avez une difficulté sexuelle, considérez que c'est un signal - ce n'est pas de votre sexe qu'il faut vous occuper, c'est de vous. » À travers son expertise, il démontre que la médecine sexuelle et la longévité en bonne santé partagent exactement les mêmes fondations.
Au fil de cette conversation riche en enseignements, découvrez :
Cette discussion prouve que la sexualité n'est pas un sujet à part - c'est un miroir fidèle de notre santé physique et mentale. Que vous ayez 25, 40 ou 60 ans, cet épisode vous donnera les clés concrètes pour comprendre votre corps, briser les tabous et reprendre votre santé en main. Car comme le rappelle le Dr Bou Jaoudé : « En médecine sexuelle, le taux d'amélioration est l'un des plus élevés parmi toutes les spécialités médicales. » Alors pourquoi attendre ?
Jean-Charles : Et si vous pouviez vivre vieux en pleine forme ? Bienvenue sur Healthier Humanity. Je suis Jean-Charles Samuelian-Werve, le cofondateur et CEO d'Alan. Je vous invite avec moi à creuser la longévité avec des scientifiques renommés, des médecins et des athlètes. Abonnez-vous à ce podcast si vous voulez reprendre votre santé en main et ne manquez aucun épisode.
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Healthier Humanity, le podcast où on creuse la santé et la longévité. Vous allez apprendre énormément, car on va creuser avec un expert incroyable aujourd'hui : le Dr Gilbert Bou Jaoudé, une figure majeure de la sexologie en France.
Je suis très heureux de t'avoir aujourd'hui. Tu es médecin sexologue depuis plus de 25 ans et directeur scientifique de Charles.co, la plus grande plateforme de téléconsultation dédiée à la santé sexuelle. Tu as vraiment dédié ta carrière à démystifier ce sujet tabou autour de la sexualité et des dysfonctionnements. On va parler de sexualité masculine principalement aujourd'hui et je suis très heureux de creuser ça avec toi.
Tu avais d'ailleurs fondé en 2000 la première hotline française sur le sujet. Tu es président de la Société francophone de médecine sexuelle de 2013 à 2018. Mais déjà, est-ce que tu peux nous expliquer c'est quoi ton métier ? Qu'est-ce que c'est d'être sexologue ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : D'abord, je suis super content d'être dans le podcast. Bonjour tout le monde et merci beaucoup pour l'invitation. Tu as évoqué l'histoire de la longévité et tu vas voir qu'on en parlera. Tout en parlant de médecine sexuelle, on aura le temps d'évoquer le lien entre tout ça.
Pour dire brièvement ce que c'est que cette spécialité : elle est particulière, parce que quand moi je me suis spécialisé, elle n'existait pas. À l'époque, on disait « sexologie ». Quand j'étais médecin et que j'ai décidé de faire de la médecine sexuelle, je faisais le diplôme de fertilité - ce qu'on appelle l'andrologie, c'est-à-dire comme la gynécologie, mais pour l'homme. C'est comme ça que je me suis intéressé à la testostérone, à tous les problèmes masculins et aux problèmes de fertilité de façon générale. Et ensuite, j'ai bifurqué sur la sexologie.
C'était d'ailleurs à l'époque tellement peu connu, voire mal vu, que même mes potes m'appelaient le « kékétologue », le « zizilogue ». Ce n'était pas considéré comme de la vraie médecine. Bon, après, je les ai tous soignés - ils ont compris que c'est de la vraie médecine.
Jean-Charles : On veut des noms !
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Ce sont tous des médecins. En gros, la médecine sexuelle, ce n'est pas la médecine du sexe, c'est la médecine des problèmes qui peuvent induire des problèmes sexuels.
Parfois, des personnes me disent : « On vous a entendu parler d'obésité, de testostérone, de sommeil, du cœur, des artères… Mais vous êtes médecin sexologue ! » La médecine sexuelle s'intéresse à tout ce qui peut impacter la sexualité, de la psychologie au comportement, en passant par le médical. On ne peut pas l'exercer correctement si on ne s'intéresse pas à tout ça.
Globalement, les personnes viennent en disant « j'ai tel ou tel problème sexuel », et c'est au médecin de décoder : est-ce que c'est en lien avec le mode de vie ? Est-ce qu'il faut chercher une maladie sous-jacente ? Est-ce que c'est le signe d'une dépression ? Ou d'un problème dans le couple ? Ça balaye un peu tout.
La médecine sexuelle est reconnue maintenant comme une spécialité à part entière. Elle a d'ailleurs connu quatre étapes :
Jean-Charles : Et quand quelqu'un vient te voir, quelles sont les typologies de problèmes les plus fréquentes ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Les problèmes sexuels qui sont toujours dans la « Champions League », quel que soit le sexologue :
Chez les femmes :
Chez les hommes :
Jean-Charles : Quelles sont les causes associées ? Quel est le parcours pour les identifier ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Pour chacun des problèmes, on va s'orienter vers des causes spécifiques, mais il y a des choses qu'on vérifie systématiquement.
Premièrement, on vérifie si ça a toujours existé ou si c'est récent. Si c'est récent, on va chercher une cause qui s'est installée entre-temps. Si ça a toujours existé, on va chercher d'autres causes - soit des problèmes médicaux dès le départ, soit de gros blocages psychologiques.
Les facteurs qu'on vérifie tout le temps, parce que sans eux, c'est rare d'avoir une sexualité épanouie au long cours :
1. La qualité du sommeil - c'est un des facteurs qu'on retrouve le plus. Un bon sommeil est indispensable pour une vie sexuelle épanouie. Le fait d'avoir des érections la nuit et le matin dépend de la qualité du sommeil, pas tellement du reste.
Il y a des phases dans lesquelles on a une érection. L'érection du matin, c'est juste la dernière érection de la nuit. Quand on dort, on a un sommeil léger, puis on entre dans des phases de plus en plus profondes, et on arrive dans la phase de sommeil paradoxal. On l'appelle « paradoxal » parce qu'on n'a toujours rien compris à ce qui s'y passe : on a un cerveau en hyperactivité, et on est totalement paralysé.
Sauf qu'il se passe deux choses seulement dans cette phase. Si vous regardez quelqu'un qui est en sommeil paradoxal, il y a l'érection - y compris chez les femmes d'ailleurs -, et les mouvements des yeux sous les paupières. Si vous voyez quelqu'un dormir avec des mouvements sous les yeux, vous êtes sûr que le pénis ou le clitoris est en érection. Ça arrive presque en même temps.
Si on a un mauvais sommeil, on va perdre tout ça. Or ces érections nocturnes ne sont pas là juste pour faire joli. C'est une sorte d'échauffement, un peu comme un garage dans lequel ça se répare. Quelqu'un qui perd sa qualité de sommeil peut perdre au bout d'un moment son fonctionnement sexuel.
2. Le tabac - un gros facteur qui influence la sexualité. Beaucoup de personnes disent « ce n'est pas possible, ça fait 5-6 ans que je fume, mais ça n'est arrivé que depuis quelques mois ». Mais c'est justement parce que ça fait 5-6 ans que ça arrive seulement maintenant.
3. Le manque d'activité physique régulière - avec un peu de renforcement musculaire, un peu d'endurance.
4. L'état de forme général.
5. L'épuisement mental - c'est une cause devenue hyper fréquente depuis une dizaine d'années, de plus en plus chez des jeunes.
Toute la journée, on gère des choses, on s'occupe, on reçoit des notifications, on répond, on a des appels, on s'inquiète de ce qu'on va faire le lendemain, on s'organise. On n'a pas conscience qu'en fait, pour faire tout ça, ça consomme de l'énergie dans notre cerveau - dopamine, sérotonine. Et on arrive dans un état où on est comme entre deux.
Je suis sûr qu'il y a des personnes qui vont se reconnaître : on se retrouve dans un état entre deux. Si on nous demande si on est malheureux, on dit non. Mais on n'est pas vraiment heureux. On n'est pas vraiment fatigué, mais on n'est pas vraiment en forme. On a envie de faire des choses, mais finalement, on ne les fait pas. On ne peut pas dire que ça ne va pas, mais on ne peut pas dire que ça va non plus.
Si on est dans cette zone grise, notre sexualité est un des premiers symptômes qui dit : « Moi, pour fonctionner, je n'ai pas besoin d'être neutre. J'ai besoin d'être vraiment bien, d'être vraiment heureux ou d'avoir un moment où j'ai vraiment envie de me détendre. »
Un test : imaginez que là, maintenant, on vous dit que dans les quatre prochaines heures, ce que vous aviez à faire, vous n'êtes pas obligé de le faire, quelqu'un va s'en occuper. Vous faites ce que vous voulez. Si votre premier réflexe c'est « je vais me reposer », c'est probablement que vous êtes en épuisement mental. Si votre réflexe c'est « je vais aller voir des potes, sortir, faire du sport », c'est qu'a priori ça va.
Jean-Charles : Tu as parlé du trouble de l'érection en premier. C'est quoi la prévalence ? À quel âge ça débute ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé: Le trouble de l'érection, c'est celui qui a été le plus étudié en médecine sexuelle. Pour démystifier quelque chose : beaucoup de personnes disent « c'est surtout sur l'érection qu'on a travaillé ». Dans mon livre, j'explique pourquoi chez les femmes, on a moins avancé.
Petit rappel : chez les hommes, les deux révolutions médicales qui ont permis d'améliorer les problèmes d'érection, on les a trouvées toutes les deux par erreur. On ne cherchait pas vraiment - enfin, on cherchait, mais on ne trouvait rien.
La première : les injections intracaverneuses. Pendant une opération, il y a eu une manipulation erronée : au lieu d'injecter le vasoconstricteur (l'adrénaline), on a injecté de la papavérine. Le temps que le chirurgien engueule la personne, le patient sur la table d'opération était endormi, mais en érection.
La deuxième : le fameux Viagra. À la base, c'était une étude pour voir si ça pouvait diminuer l'angine de poitrine - c'est-à-dire diminuer les risques d'infarctus. Dans ces études, on donne les médicaments aux personnes, elles notent les effets secondaires et reviennent régulièrement.
On sait qu'il y a toujours des comprimés qui se perdent : « je suis parti en week-end, je les ai oubliés à l'hôtel, les chiens les ont mangés… » Sauf que dans cette étude, le taux de comprimés perdus était particulièrement élevé. Quand on a enquêté, les hommes qui testaient le comprimé ont dit : « Docteur, je ne sais pas ce que vous voyez au niveau du cœur, mais moi, en bas, il se passe un truc. » Le laboratoire Pfizer a alors décidé d'arrêter les recherches à visée cardiaque et de les développer pour l'érection.
Ce sont donc des erreurs. Et je pense que chez les femmes, on trouvera par erreur un jour aussi.
Les causes des troubles de l'érection :
On distingue les causes psychologiques et physiques, mais dans la majorité des cas, c'est un mélange des deux. Par exemple, quelqu'un qui fume, fait peu d'activité physique et traverse une sale période. Les hommes ont tendance à demander « c'est quoi LA cause chez moi ? » - mais c'est tout ça ensemble.
L'érection, c'est ni plus ni moins que le sang qui rentre dans le pénis. Il faut que cette quantité soit multipliée par 6 à 8, très rapidement. Pour donner un équivalent : si on se lève d'un coup pour courir, le débit sanguin dans nos jambes est multiplié par 2 à 4. Dans le pénis, par 6 à 8. Il faut donc un super débit sanguin, et c'est pour ça que tout ce qui abîme nos artères - mauvaise alimentation, diabète, maladie inflammatoire, maladie rhumatismale - va donner des problèmes d'érection.
La prévalence : pendant longtemps, on disait que ça augmente avec l'âge. Toutes les enquêtes montraient ça. Mais les toutes dernières enquêtes (3-4 ans) révèlent deux particularités importantes :
Premièrement, ce n'est pas l'âge en lui-même, c'est notre état de santé.
Jean-Charles : C'est l'âge biologique.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Exactement, l'âge biologique, pas l'âge chronologique. Quelqu'un de 50-60 ans qui prend soin de lui physiquement et mentalement aura moins de problèmes d'érection que quelqu'un de 40 ans qui ne prend pas soin de lui. D'où l'importance de la longévité : si on veut améliorer notre vie sexuelle et éviter qu'avec l'âge elle se dégrade, on doit faire exactement la même chose que pour améliorer notre longévité en bonne santé.
Deuxièmement, pour la toute première fois dans l'histoire de l'humanité, la prévalence des problèmes sexuels - et en particulier d'érection - chez les 18-25 ans est plus élevée que chez les 25-40 ans. Ça ne fait que 3-4 ans qu'on observe ça. Toutes les enquêtes depuis 1940 montraient que ça augmentait avec l'âge. Il se passe quelque chose de différent chez les jeunes par rapport à toutes les générations précédentes.
Une autre étude a montré que par rapport à il y a 30 ans, les troubles sexuels des jeunes qui consultent semblent plus sévères que ce qu'on voyait dans le passé.
Jean-Charles : Tu l'expliques comment ? Quelles sont les hypothèses ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Il y a plusieurs pistes :
Le porno - on sait qu'il y a un impact, mais les personnes de 30-35 ans y sont aussi exposées, donc ce n'est pas la seule explication.
Une vie plus anxiogène - la vie des jeunes de nos jours me semble beaucoup plus anxiogène : incertitude, tellement d'informations qu'on a l'impression que plein de trucs ne vont pas, situation financière plus stressante.
Les réseaux sociaux - ils donnent toujours l'impression que l'autre est mieux que soi. Que ma partenaire ou mon partenaire peut trouver mieux que moi. Que « ma vie, c'est de la merde parce que regarde les autres en maillot de bain à Bali, et nous on est là dans un appart ». Ça donne toujours cette impression.
Les toxiques environnementaux - je ne peux pas le prouver, mais j'en ai la certitude. Perturbateurs endocriniens ou non, ça joue un rôle. Toutes les études montrent que les spermogrammes d'aujourd'hui sont de moins bonne qualité qu'il y a 30 ans - presque 50 % de qualité en moins.
Il y a aussi une étude passionnante : quand on teste des produits pour vérifier s'ils sont cancérigènes, on les teste sur des rats ou des souris. Par exemple, les produits ignifuges qu'on met dans le bois pour éviter qu'il s'enflamme. On a testé ce genre de produit : OK, ça ne donne pas de cancer. Normalement, après le test, on « dégage » les souris. Mais un chercheur a eu l'idée de les garder et de les étudier plus tard. Il s'est rendu compte que celles qui avaient été exposées à ces produits chimiques copulaient beaucoup moins et restaient dans leur coin - un peu comme si elles déprimaient. Donc, il y a peut-être des produits qui nous entourent dont on n'est même pas au courant des effets.
L'alimentation industrielle - on a des preuves que manger industrialisé est associé à plus de risques de dépression, au-delà de l'obésité et du diabète. Qui dit dépression, dit état de mal-être, dit sexualité et libido qui diminuent.
Et une cause positive qui explique aussi la baisse de fréquence des rapports sexuels : la notion du consentement existe maintenant. Les femmes qui, il y a 30 ans, n'osaient pas dire non, disent maintenant non. Et les hommes font plus attention. Ce n'est pas que du négatif dans ces changements.
Jean-Charles : Ces troubles de l'érection, c'est combien de pourcentage d'une génération ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Entre 18 et 25 ans - je dis toujours 18 parce que légalement, on ne peut pas interroger les moins de 18 ans sur leur sexualité -, dans le passé, ça tournait aux alentours de 8-10 %. Maintenant, on sait que ça tourne plutôt autour de 20 %.
Jean-Charles : 20 % qui ont des troubles de l'érection ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : 20 %, c'est énorme. Ce sont ceux qui disent « j'ai été embêté par des troubles de l'érection au cours de l'année précédente ». Embêté, pas juste eu une panne. D'ailleurs, une panne, c'est pratiquement 80 % des hommes. Et les 20 % restants, ne vous inquiétez pas, ça va arriver.
Plus on avance en âge, plus la fréquence augmente. Quand on dépasse 40-50 ans, on rentre dans des chiffres de 40-50 %. Et si on ajoute le tabac, le diabète, l'hypertension, l'apnée du sommeil, des problèmes psychologiques, des problèmes de prostate, on arrive à 50-60 %.
En moyenne, dans la population générale, au moins une personne sur quatre a des troubles de l'érection. Dans certaines tranches d'âge ou situations de maladie, c'est une personne sur trois, voire une sur deux.
Jean-Charles : Beaucoup plus que ce que je pensais. Comment ça se traite ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé: On a des études qui montrent que ça marche. Il y a deux études espagnoles hyper intéressantes qui ont pris des hommes avec des problèmes d'érection et les ont séparés en deux groupes : un groupe à qui on a juste dit « faites attention, faites un peu de sport, perdez du poids si vous avez pris du poids au niveau du ventre », et un autre groupe qui a été coaché - quelqu'un qui les guide sur quoi manger, faire du sport, bien dormir, etc.
Au passage, l'ennemi de la sexualité masculine, c'est l'accumulation de graisse au niveau du ventre. Cette graisse a un rôle actif : ce n'est pas juste du gras mort, ça métabolise plein de choses. Elle « aromatise » la testostérone - c'est-à-dire qu'elle transforme la testostérone en œstrogènes, en hormones féminines. C'est pour ça que les personnes qui ont beaucoup de poids au ventre pendant longtemps finissent par avoir moins de poils au niveau des jambes, un peu de sein, etc.
En plus, plus on a de graisse au ventre, plus la résistance à l'insuline augmente, et moins nos artères savent s'ouvrir - donc le sang ne rentre plus dans le pénis.
Les résultats de l'étude : dans le groupe des personnes bien coachées, sur une centaine d'hommes ayant des problèmes d'érection :
Au moins 2/3 des hommes ont une amélioration du fonctionnement sexuel juste en modifiant le mode de vie. Et en cherchant à améliorer l'érection, on améliore la santé globale.
Jean-Charles : Tous les sujets que tu as listés sont des sujets du podcast - on a de très bons épisodes sur le sommeil, l'arrêt du tabac, la digestion.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : C'est obligé. On a montré, par exemple, que quand on soigne un homme pour des troubles de l'érection, non seulement on améliore son érection, sa sexualité, son bien-être personnel, mais on améliore aussi les scores d'anxiété et de dépression, et on diminue les risques d'AVC, d'infarctus, d'Alzheimer et de mortalité. C'est dans les toutes dernières recommandations françaises du printemps 2025.
Soigner quelqu'un d'un problème d'érection peut diminuer son risque de mortalité plus tard. Pas seulement parce que « si on fait l'amour, on est content ». C'est parce que tout ce qu'on a fait autour est hyper bénéfique.
Les médicaments : il y a des personnes qui disent « OK, vous me dites que si je fais super attention, dans six mois, j'ai une chance sur trois de guérir. Mais moi, je rencontre quelqu'un maintenant, et c'est super délicat. » Ou d'emblée, il y a trop de dégâts - par exemple, la personne a fumé deux paquets par jour et est diabétique mal suivie.
Dans ces situations-là, on met les médicaments en route. On a la chance d'avoir quatre médicaments en comprimé, plus un en injection, et quelques compléments alimentaires sur lesquels on commence à avoir de petites preuves d'amélioration.
Sur les médicaments, l'efficacité dépasse 70 % - 7 personnes sur 10 disent que ça va mieux.
On n'oppose plus jamais « traiter sans médicament » ou « avec médicament ». C'est une synergie : je prends le traitement, ce qui me permet d'avoir une vie sexuelle épanouie, ce qui me soulage. Ce qui me permet d'être en assez bon état psychologique pour que je m'occupe de moi - mieux dormir, arrêter de fumer, faire du sport, perdre du poids, manger équilibré, me reposer mentalement. Et plus je fais ça, moins je sens que j'ai besoin du traitement.
On sait maintenant que ces médicaments ont un effet réparateur, pas juste ponctuel - ils peuvent relancer le fonctionnement des ouvertures-fermetures des artères. C'est pour ça qu'ils sont utilisés dans d'autres indications. Accrochez-vous bien : on donne des médicaments de type Viagra à des enfants nés prématurés en réanimation néonatale, parce que ça améliore la micro-circulation sanguine.
S'il y a un déficit en testostérone, évidemment on le corrige. S'il y a une dépression révélée, on la soigne aussi. En gros, on soigne l'érection tout en nettoyant tout ce qui a amené au trouble.
Comme je dis souvent à mes patients : le but n'est pas de retaper l'érection, c'est de retaper le bonhomme.
C'est psychologique, mais c'est humain. Quand on dit à quelqu'un « il faut que tu te reprennes en main », mais qu'à chaque fois qu'il fait l'amour ça se passe mal, il a du mal à s'occuper de lui. Par contre, une fois que ça va beaucoup mieux sexuellement, comme par hasard, le fait de s'occuper de soi-même redevient intéressant. On est libéré d'un poids.
D'ailleurs, il y a des hommes qui me disent : « J'ai pris le médicament, j'ai vu que ça fonctionne mieux, je ne le prends plus, même si j'ai encore les problèmes. Mais c'est bon, je sais que j'ai la solution. »
Jean-Charles : Dans combien de situations tu vois que le patient arrive à s'en passer après que le problème soit réglé ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé: Ça dépend de choses précises.
Premier cas : la cause de base est une maladie chronique. Si un diabète a abîmé les nerfs au niveau des jambes, la circulation sanguine dans les yeux, les nerfs au niveau du pénis - ou s'il y a eu une opération de la prostate, une paralysie suite à un accident - le mécanisme physiologique est rompu. On sait qu'on est parti pour un traitement de longue durée. Même dans ces cas, on est parfois surpris de voir qu'on arrive à diminuer les doses, en réalisant qu'une partie du problème était liée au fait que la personne allait mal psychologiquement.
Deuxième cas : la cause est le mode de vie. Là, on est sûr qu'au fur et à mesure, on va pouvoir diminuer puis arrêter le traitement - à condition que la personne ait amélioré tout ce qu'il y a à améliorer à côté. On n'est pas à trois mois près, mais il faut le faire.
Troisième cas : la cause est plutôt psychologique - crainte de l'échec, pression à chaque nouvelle rencontre, perte de confiance après une panne, tendance à se poser trop de questions.
Il y a des personnes qui, quelle que soit la situation, dès qu'elles sont face à quelque chose d'important - un entretien, parler en public, quelque chose de nouveau dans leur travail -, ressentent intérieurement un stress, une angoisse, une panique. Leur corps va décharger beaucoup de catécholamines - l'adrénaline, la noradrénaline. Parmi les effets : palpitations, sueurs, mains froides, voix qui tremblote. Et aussi : le sang ne va plus en périphérie du corps - mains, pieds, nez, oreilles - il va dans les organes principaux. Donc il ne va plus dans le pénis.
C'est une torture pour ces personnes : dès qu'elles sont dans un moment important, comme le moment de faire l'amour, le simple fait d'y penser déclenche l'adrénaline, et ça bloque. On sait qu'il y a un travail de fond à faire.
Comment savoir qu'on peut arrêter le traitement ? Ce n'est jamais une décision volontaire. Ce n'est jamais « bon, allez, je vais arrêter et voir ce que ça donne » - d'ailleurs, on a toutes les chances que ça rate.
Jean-Charles : Parce que rien que le fait de se le dire, on est en mode « j'observe ».
Dr. Gilbert Bou Jaoudé: Exactement, on n'est pas détendu. Ce qui se passe en réalité, c'est qu'on prend le médicament, on a des rapports. Puis un jour, on fait l'amour, et c'est après qu'on se dit : « Mince, j'avais oublié de le prendre ! » Panique, on le reprend pour la fois suivante. Et ça se répète de plus en plus. C'est comme ça qu'on se rend compte qu'on commence à l'oublier, et c'est comme ça qu'on sait qu'on a avancé.
J'ai souvent le cas de personnes qui me disent : « Docteur, j'utilise presque plus de médicaments. » Je leur renouvelle l'ordonnance au cas où. Puis un an ou deux plus tard : « Il me faut un rendez-vous rapidement ! » On se demande ce qui s'est passé. Et l'histoire, c'est : « Tout allait très bien, docteur. Mais l'autre jour, en rangeant, j'ai vu que la boîte de médicaments allait être vide. Ce soir-là, ça n'a pas été. » La simple sécurité de savoir que le médicament est là suffisait. Il y a des personnes chez qui l'ordonnance suffit.
Jean-Charles : Intéressant.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : C'est pour ça qu'il y a aussi beaucoup de personnes qui disent : « Vous savez, docteur, entre le moment où j'ai pris le rendez-vous et aujourd'hui, ça va mieux, c'est bizarre. » Rien que le fait de se dire « je vais parler à quelqu'un, je vais avoir des conseils, des explications et des solutions », ça a déjà amélioré le problème, juste parce qu'on n'est plus seul à affronter.
C'est l'occasion de rappeler que quand on a des problèmes sexuels, à peine 30 % des personnes osent consulter. 70 % restent dans leur coin, essayent de se dépatouiller. Il y a des solutions. Tout le monde peut avoir des problèmes sexuels - tout le monde. Que l'on soit riche ou pauvre, éduqué ou pas, quel que soit le pays, la culture : on est toutes et tous égaux face aux problèmes sexuels.
Si vous avez une difficulté sexuelle et que vous sentez qu'au bout de quelques mois ça ne s'arrange pas, ne restez pas seul. Consultez : au moins, vous aurez des réponses, des conseils, et vous saurez si ce que vous êtes en train de faire est dans la bonne voie ou non.
Jean-Charles : Tu parlais tout à l'heure de compléments. Comment tu t'assures de la qualité ? Le problème des compléments, souvent, c'est qu'il n'y a pas d'études cliniques solides parce que le retour sur investissement ne vaut pas le coup.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Pour lever un paradoxe : je fais partie des médecins qui ont participé à pratiquement tous les protocoles de pré-commercialisation du Viagra, du Cialis, du Levitra - je suis médecin-chercheur en pharmaco. Et en même temps, je m'intéresse beaucoup à la phytothérapie et aux compléments alimentaires. Dans mon bureau, il y a d'ailleurs des images de jardins botaniques.
Tout à l'heure, je disais qu'il ne faut jamais opposer psychologie, modification du mode de vie et médicaments. C'est pareil ici : on oppose trop souvent traitement « naturel » et traitement pharmacologique. C'est une grosse bêtise. La vraie question, c'est : dans quel cas l'un est plus intéressant, dans quel cas l'autre l'est, et dans quel cas il faut les combiner.
Il y a très peu de médecins qui s'intéressent à ça - on ne nous forme pas dessus - et il y a des enjeux économiques qui font qu'il n'y a pas d'intérêt à nous y former. Comme c'est moins surveillé que les médicaments, il y a aussi beaucoup de dérives, des compléments qui ne valent rien.
Si je demandais aux personnes qui écoutent « c'est quoi les plantes ou les compléments qui améliorent la sexualité ? », il y en a au moins 12 qui seraient cités : le gingembre, le ginseng, le ginkgo, l'ashwagandha, le tongkat ali, le bois bandé, la corne de rhinocéros, les couilles de mouton, la bave de crapaud…
Jean-Charles : C'est depuis la nuit des temps. Chaque culture a son truc. Les hommes cherchent depuis longtemps de quoi devenir plus puissants.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Il y a très peu de choses pour lesquelles on a des preuves. Mais on en a quand même quelques-unes :
La L-arginine - très à la mode il y a une trentaine d'années, puis disparue. De nouvelles études contre placebo ont montré qu'effectivement, ça améliore un peu l'érection. Attention : ça améliore, mais ça ne veut pas dire que l'érection devient complète. Pour quelqu'un qui a un léger trouble de l'érection et qui décide de se remettre à faire du sport, bien dormir, manger mieux, arrêter de fumer, ajouter de la L-arginine peut apporter un plus.
On a même des études montrant que si les médicaments de type Tadalafil/Sildénafil (Cialis/Viagra) donnent un effet insuffisant, le fait de rajouter de la L-arginine améliore leur effet.
Le Tribulus terrestris - on a des preuves, même si on trouve toujours des études contradictoires (cela dépend aussi de la quantité et de la dose utilisées).
Le fenugrec - une étude présentée au Congrès américain d'Urologie a montré que le fenugrec augmente les sécrétions de testostérone. Chez quelqu'un qui a une légère baisse hormonale, son utilisation peut être intéressante. Les femmes le connaissaient dans le passé car on l'utilisait pour la lactation pendant l'allaitement.
Le ginkgo biloba - semble intéressant sur la libido, pas sur l'érection.
Le damiana - une plante étudiée spécifiquement chez des anciens toxicomanes ayant un trouble de l'érection, avec un effet positif apparent.
Conseils pratiques :
Jean-Charles : Sur l'aspect pharmaceutique, quelles sont les contre-indications ? Y a-t-il des effets secondaires ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : On a beaucoup craint ces médicaments. Il y a encore des personnes qui disent « attention, ça donne des problèmes cardiaques ». Mais à la base, c'était pour protéger le cœur ! En tant que médecins ayant participé aux recherches, on n'a jamais compris cette peur.
Les deux contre-indications majeures - en dehors de celles-ci, c'est soit des précautions, soit il n'y a pas de problème :
1. Ne pas prendre ces médicaments en même temps qu'un traitement à base de trinitrine ou de monoxyde d'azote. Ce sont des médicaments de moins en moins prescrits, utilisés pour l'angine de poitrine. Comme ils font le même effet, c'est un « double effet » dangereux. C'est au médecin de vérifier. Et c'est pour ça qu'il ne faut pas acheter sur Internet.
2. Les situations où c'est le rapport sexuel lui-même qui est contre-indiqué. Même si on est tranquille, allongé, le plaisir accélère le rythme cardiaque, la jouissance provoque une montée de tension artérielle, une accélération de la respiration. On estime que pendant les rapports sexuels, le cœur travaille comme si on montait deux étages à pied. Si votre médecin vous dit que vous ne pouvez pas monter un étage sans être essoufflé ou avoir mal dans la poitrine, vous ne devez pas avoir de rapports sexuels. Ce n'est pas le médicament qui est contre-indiqué en soi - c'est qu'il ne faut pas avoir de rapport.
Les effets secondaires sont en majorité bénins lors des premières utilisations :
Dans la majorité des cas, ces effets diminuent avec l'utilisation. Sinon, on change de médicament.
Sur le long terme : ça fait maintenant 22 ans que ces médicaments existent, plus les années de recherche. On a dépassé les 200 millions d'utilisateurs dans le monde. Aucune étude n'a montré qu'une utilisation au long cours provoquait un problème de santé particulier. Au contraire : la plupart des études montrent que les hommes qui en prennent sur plus de 5 à 10 ans ont un état de santé général légèrement amélioré, avec une diminution de survenue d'infarctus, d'AVC et d'Alzheimer.
Il y a d'ailleurs actuellement une étude où on teste les médicaments de l'érection chez des patients à risque d'Alzheimer ou d'Alzheimer débutant. L'idée : comme ça améliore l'arrivée de sang dans le pénis, ça pourrait aussi mieux oxygéner le cerveau. Il ne faut pas le prendre pour ça, c'est en cours d'étude.
Jean-Charles : Si on passe au deuxième sujet que tu as mentionné, l'éjaculation précoce - est-ce que tu peux nous en parler ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : La phrase que j'ai écrite pour le manuel de médecine sexuelle - la « Bible » de référence pour les médecins sexologues, dont j'ai rédigé le chapitre sur les problèmes d'éjaculation - la voici : l'éjaculation précoce n'est pas une maladie, mais on la soigne.
J'ai d'ailleurs proposé pour la première fois qu'on ne dise plus « quelle est la cause » de l'éjaculation rapide, mais « quelle est l'explication ». Parce que « cause », ça fait penser qu'il y a un problème.
L'érection, elle, c'est un symptôme : il se passe quelque chose - fatigue, anxiété, dépression, tabac, diabète, baisse de testostérone. Pour l'éjaculation rapide, on ne fait pas d'examen, sauf dans les rares cas où la personne dit « je n'ai jamais été éjaculateur rapide et depuis quelques mois, j'éjacule super vite ». Là, on vérifie s'il y a une infection prostatique, un problème hormonal - souvent, c'est en fait un problème d'érection qui se manifeste par une éjaculation rapide.
Pourquoi ne cherche-t-on pas de cause ? Parce qu'il n'y a pas de maladie qui donne ça. C'est plutôt une tendance globale, un fonctionnement. Contrairement aux problèmes d'érection dont la fréquence augmente avec l'âge, l'éjaculation rapide a la même prévalence quel que soit l'âge, la culture, l'orientation sexuelle ou le profil du couple.
20 % des hommes éjaculent en moins de deux minutes. Beaucoup d'experts, moi y compris, pensent que c'est plutôt une tendance naturelle qu'une anomalie.
Il y a d'ailleurs des cultures, y compris de nos jours, où l'éjaculation rapide n'est pas considérée comme un problème - c'est plutôt un signe de virilité. Et il y a des cultures où, si l'homme tient longtemps, la partenaire n'est pas contente car elle considère qu'elle ne l'a pas suffisamment excité.
Les explications de l'éjaculation rapide :
1. L'hypersensibilité physique - le gland est trop sensible. On a tous des sensibilités physiques différentes. C'est rare, mais ça fait partie des causes.
2. Les causes psychologiques situationnelles - par exemple : « Depuis que j'ai appris que ma femme m'a trompé, je suis devenu éjaculateur précoce », ou « On m'a fait une remarque désobligeante et depuis, je me mets dans un état pas possible. »
3. Un tempérament global « speed » - c'est ce que je retrouve le plus. Ces personnes réfléchissent vite, passent très vite d'une idée à une autre, ont des réactivités rapides, une émotivité forte - un peu comme si tout était en excès.
Professionnellement, c'est souvent excellent : ils sont en train de faire un truc et ont déjà réfléchi aux deux suivants, ce qui permet d'anticiper beaucoup. Sauf que le cerveau prend l'habitude de « faire un truc et passer à autre chose ». Quand on est excité, c'est quoi l'étape d'après ? Éjaculer. Dès qu'on est excité, le cerveau dit : « OK, c'est bon, on passe à autre chose. » Ce sont des personnes qui ne voient pas l'intérêt de prendre cinq minutes pour faire quelque chose qui prend une minute.
Et ce n'est pas que sur le plan sexuel : ils finissent leur assiette et sont déjà debout. Pour améliorer leur éjaculation, ils doivent travailler tout ça en même temps.
Ce sont aussi des personnes qui gèrent parfois mal la frustration - attendre que leur partenaire soit prêt(e), subir un détour en voiture, attendre un colis en retard. En quoi ça joue sur l'éjaculation ? Quand on est excité, il faut supporter un minimum de frustration pour ne pas monter en flèche, mais maintenir l'excitation à un niveau fluctuant. Quand on ne sait pas gérer la frustration, on ne sait pas gérer l'excitation.
4. Les personnes très émotives - qui en général ne le montrent pas trop, car elles ont appris à « gérer » (en réalité, à masquer). Par exemple, on peut garder un poker face après une remarque blessante et pleurer le soir. Mais sexuellement, on ne peut pas tricher.
L'excitation sexuelle, d'un point de vue biologique, c'est la même chose que les émotions : c'est des décharges de neurotransmetteurs. C'est comme avoir peur, être triste, être content. C'est pour ça que certaines personnes, quand elles font des manèges à sensations, disent « j'ai eu un orgasme » - parce qu'il y a des décharges d'émotions fortes.
Quelqu'un dont l'émotion monte très vite et très fort va avoir une excitation qui monte très vite et très fort. Soigner l'éjaculation rapide passe alors par apprendre à mieux gérer cette émotion - pas à la masquer, à la gérer.
On ne peut pas tricher avec le sexe, parce que le sexe fonctionne selon ce qu'on ressent, pas ce qu'on veut montrer.
Jean-Charles : On n'est plus du tout sur les mêmes registres que « faire du sport, arrêter de fumer ». Mais j'imagine que ça peut aider aussi à réguler ses émotions.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Je dis à mes patients : ce serait dommage d'améliorer votre éjaculation rapide maintenant, et qu'à cause de votre mode de vie, un an plus tard, vous ayez un problème d'érection. Donc on essaie de tout faire en même temps.
Gilbert : Il y a eu beaucoup d'incompréhensions. Par exemple, le travail du périnée : pourquoi le travailler alors que les causes semblent ailleurs ? Simplement pour que, quand on est très nerveux, tendu, stressé, le périnée ne se contracte pas involontairement.
Ce lien entre périnée et émotions, on le connaît tous.
Jean-Charles : Moi, j'ai appris ce qu'était le périnée quand ma femme a eu son premier enfant. Pour ceux qui n'ont pas encore d'enfant, tu veux bien expliquer ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : C'est vrai que tu dis « périnée » à un homme, un sur deux dit « Le truc de femme enceinte ? »
D'ailleurs, pour ceux qui font de la muscu : quand vous soulevez du lourd, pensez à contracter votre périnée en même temps, pour ne pas trop qu'il se relâche.
Ce lien entre le périnée et ce qui se passe dans la tête, on le connaît tous. Qui n'a jamais eu la sensation de devoir aller uriner vite juste après un truc stressant ? Ou quand on était gamin : « Allez, c'est l'heure d'aller chez le dentiste » - « Je dois aller faire pipi. » Chez les chiots aussi : s'ils sont contents ou ont peur, ils peuvent perdre une goutte d'urine.
Plus on apprend à contrôler le périnée, plus on fait en sorte que malgré l'émotion et l'excitation, on ne subisse pas la contraction involontaire qui fait éjaculer.
Exercices pratiques :
Pour les fuites urinaires et les érections, on renforce le périnée - ce sont les techniques de Kegel : contracter, relâcher. C'est ce qu'a fait madame après l'accouchement. Le périnée est une sorte de garrot interne sur la partie interne du pénis : un périnée tonique fait garrot, comme un cock ring interne. C'est très bien pour améliorer l'érection.
Pour l'éjaculation rapide, il faut apprendre à le contrôler, pas seulement le renforcer. Par exemple :
L'idée : pouvoir bouger son périnée de façon fine. « Là, je sens que je suis un peu trop tendu, je vais relâcher un petit peu, baisser un petit peu. Là, j'ai besoin de recontracter. » On a fait tout un programme dessus : le programme Time.
Variantes avancées : Faites ces exercices allongé sur le dos, debout, à genoux, allongé à plat ventre, les bras relevés - c'est-à-dire dans toutes les positions où vous serez pendant les rapports.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Il y a un autre exercice pour les personnes très « speed », qui ont toujours tendance à penser à la suite : regardez un peu autour de vous, fermez les yeux, et pendant une minute, décrivez simplement ce qu'il y a autour de vous. « Il y a un truc de couleur rose là-bas, il y a Jean-Charles en face de moi, il y a les lumières, il y a ça. » Plus on décrit, plus on diminue la vitesse. Toute autre pensée, on la laisse passer. Ça apprend au cerveau que quand on décide de ne pas être dans l'étape suivante, mais d'être juste là, on y arrive. Et on peut ajouter des niveaux par-dessus.
Jean-Charles : Une sorte de méditation, d'impermanence.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Exactement. « Je suis en train de faire l'amour et je sens que je monte trop vite. Je prends du recul, ça va, tout va bien. Je relâche un peu mon périnée, je prends du recul, on est au bon endroit, tout va bien, il n'y a pas de danger, on reprend. »
Quelquefois, il faut passer par des médicaments pour réussir ces exercices. Le corps est tellement habitué, l'éjaculation arrive tellement vite qu'on n'a pas le temps de les appliquer. On met alors en route un médicament qui retarde l'éjaculation en diminuant la vitesse avec laquelle les émotions montent. L'excitation monte plus lentement, tranquillement. On fait les exercices. Une fois que c'est devenu une habitude, on arrête le médicament.
La confusion vient du fait que les médicaments utilisés sont classés psychotropes. Ils diminuent les émotions - donc on les prescrit aussi pour les émotions négatives fortes. Mais chez l'éjaculateur rapide, ce n'est pas par le biais de l'amélioration psychologique qu'ils agissent. La preuve : sur tous les psychotropes existants, seuls quatre retardent l'éjaculation, parce qu'ils ont un effet spécifique sur les récepteurs de la sérotonine à ce niveau-là.
Deux faits que moins de 5 % des médecins connaissent :
Premier fait : les hommes qui ont une éjaculation rapide, quand on leur demande s'ils ont mis du temps à ne plus faire pipi au lit étant enfants (l'énurésie - jusqu'à 8, 9, 10, 11, 12 ans), ceux qui répondent oui sont trois fois plus nombreux que chez les hommes sans éjaculation rapide. Comme si le contrôle de cette zone n'était pas parfait.
Deuxième fait : un homme sur deux qui a une éjaculation rapide a aussi une « vessie hyperactive » - il va uriner souvent alors qu'il n'y a pas grand-chose dans la vessie. Dès qu'il y a un peu d'urine, il doit se dépêcher. Ça semble être un phénomène neuromusculaire dans cette zone.
Jean-Charles : Passons au troisième sujet : le manque de libido chez les hommes.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : C'est marrant parce que c'est soit les hommes qui consultent, soit leurs partenaires qui leur disent « j'aimerais que tu consultes ». Quand j'ai commencé la médecine sexuelle, je ne voyais quasiment pas d'hommes pour ça. Maintenant, j'en vois de façon très régulière.
Statistiquement, on pense que c'est 10-15 % des hommes. Et si on prend les hommes qui ont fait des burn-out, qui vivent des périodes de deuil, qui ont certains problèmes de santé, on arrive à 30-40 %. C'est énorme.
J'aimerais distinguer trois situations :
Pendant longtemps, on a dit que la libido féminine et masculine sont différentes : un homme voit un bout de sein, il doit être excité. C'est une idée reçue. On dit toujours que le visuel stimule la libido chez les hommes, mais pas chez les femmes, et que les femmes, c'est le côté émotionnel, romantique. C'est une construction sociale.
Je conseille de ne plus jamais utiliser les expressions « libido féminine » ou « libido masculine », mais « libido de cette personne ». Ça dépend de la personnalité, pas du sexe ou du genre.
Il y a des hommes dont la libido est stimulée par la complicité, par une connexion autre que physique, par les circonstances - passer un bon moment, ne pas s'être pris la tête deux heures avant. Mais comme c'est considéré comme « féminin », ils consultent en disant « j'ai un problème ». Non, ils fonctionnent comme ça.
Je conseille, dans un couple, de la même façon qu'on dit à l'autre comment on fonctionne sur plein de choses - « moi le soir, j'ai rarement faim » / « moi j'ai la dalle » - de parler aussi de sa libido. Avez-vous déjà vu des couples qui disent dès le début : « Au fait, toi, c'est quoi ta libido ? Elle fonctionne comment ? » C'est hyper rare.
Jean-Charles : Encore faut-il le savoir soi-même.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Exactement. On peut très bien dire à l'autre : « Ne sois pas surpris(e) si les jours où je suis crevé, je n'ai pas envie. Moi, j'ai besoin de me reposer un peu, d'avoir un moment seul, un petit moment de détente avant d'avoir envie. » Ou : « Pour moi, le sexe, c'est une détente en soi. » Rien que le fait de le savoir crée une complicité.
C'est hyper fréquent. Si on envoyait ces personnes chez le psychiatre, il dirait « non, il n'y a pas de dépression cachée ». Ça peut arriver que ce soit masqué - je rappelle d'ailleurs que les deux symptômes qui arrivent le plus souvent au début d'une dépression sont la perturbation du sommeil et la perturbation de la libido (soit elle diminue, soit elle augmente - le stress peut augmenter la libido, on le dit rarement).
Jean-Charles : Chez certaines personnes, le sexe est un antistress.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Ces personnes en épuisement mental disent : « Je ne me sens pas stressé, je ne me sens pas déprimé. » - « Oui, mais tu ne te sens pas non plus heureux. Tu n'as plus d'élan. Tu écoutes une blague, tu dis "elle est drôle", mais ça ne te touche plus comme avant. Tu manges un plat, "c'est super bon", mais tu ne kiffes plus comme avant. Tu regardes un film, tu sais que c'était bon, mais tu ne finis pas en disant "putain, c'est top". »
Quand quelqu'un a un problème d'érection, il finit par éviter les rapports. On entre dans une boucle : on ne sait plus si on n'a pas envie parce qu'on ne bande pas, ou si on ne bande pas parce qu'on n'a pas envie.
C'est une des causes qui passe le plus à la trappe. Symptômes : ronflements très forts chaque nuit, réveil avec la tête dans le gaz (voire un mal de tête), pas en forme, et de gros coups de fatigue l'après-midi. Si vous avez ces trois symptômes, vous avez probablement un syndrome d'apnée du sommeil. 80 % des personnes qui ont de l'apnée du sommeil ont des troubles de la libido, hommes et femmes.
Jean-Charles : Et c'est beaucoup plus prévalent qu'on ne le pense.
Quelqu'un qui dort mal depuis plusieurs jours ou semaines - je rappelle que c'est une méthode de torture de priver quelqu'un de sommeil - quand il voit sa ou son partenaire dans le lit, il fantasme sur l'oreiller et la couette, pas sur la personne.
Maladie qui fatigue, médicaments avec effets secondaires.
Ça a l'air d'être plus fréquent qu'avant. Avant, on pensait que ça touchait 10 % des hommes, maintenant ça semble davantage. Est-ce parce qu'on la cherche plus ? Le mode de vie ? L'augmentation de l'obésité ? Les perturbateurs endocriniens ?
On recherche l'andropause dès qu'il y a une baisse de libido. Souvent, les hommes sont déçus quand la prise de sang est normale : « D'où vient mon problème alors ? » On aimerait avoir une explication palpable.
Jean-Charles : Les gens aimeraient bien savoir ce que c'est.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Exactement. Je me souviens d'un cas où un homme avait une baisse de libido. On a trouvé une prolactine légèrement élevée, on suspectait un prolactinome. À l'IRM, il y avait effectivement un petit prolactinome. Sa partenaire, qui vivait très mal le fait qu'il n'ait plus envie d'elle et pensait qu'il avait quelqu'un d'autre, a réagi : « Ah, ce n'est qu'une tumeur à l'hypophyse ! Chéri, je pensais que tu me trompais ! » Et lui : « Oui, mais j'ai une tumeur, quand même… »
J'ai aussi vu l'inverse : on ne trouve rien, et le patient dit « Mais d'où ça vient ? Je veux savoir ! » Parce que ce qu'on explique n'est pas palpable - l'épuisement mental, par exemple, on ne peut pas le prouver.
Un cas marquant : un monsieur avait fait des tonnes d'examens - toutes les hormones, des échographies, tout était normal. « Tout le monde me dit que c'est psychologique, mais moi, je me sens en super forme. » En creusant, en tirant un à un les fils, on s'est rendu compte qu'il y avait une vieille rancune dans le couple qu'il pensait avoir mise de côté. Quand il en a parlé, il racontait ça au présent, comme si c'était arrivé la veille. Il a fallu ce moment-là pour qu'il réalise que c'était beaucoup plus présent dans son esprit qu'il ne le pensait.
Voilà pourquoi, dans les troubles sexuels, on s'intéresse à tout : hormones, hypophyse, état psychologique, artères, érection, ronflements, relation de couple.
Jean-Charles : Est-ce qu'il y a d'autres mythes de la sexualité qu'il faut briser ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Il y en a plein ! Allons-y rapidement.
Faux. Dans les enquêtes, on sait que les femmes disent moins souvent quand elles ont envie - elles prennent soin de leur image, par peur de la réaction, parce que socialement, ça ne se dit pas.
Une étude passionnante l'illustre. On voulait vérifier l'hypothèse que chez les femmes, les images érotiques ne sont pas excitantes (contrairement au côté romantique). On a demandé à des femmes de regarder des images en réalité virtuelle - situations érotiques, hommes sensuels, mais aussi images neutres (un rat mort, un restaurant, etc.) - pendant qu'elles étaient dans un appareil d'IRM pour voir si les zones d'excitation s'allumaient.
Résultat : ça allumait très peu. Les chercheurs ont d'abord conclu que ça confirmait l'hypothèse. Puis ils ont refait l'étude, en précisant aux femmes que personne ne saurait ce qu'elles regardaient - « C'est trop aléatoire, c'est géré par un programme, on s'en fiche, on veut juste voir ce qui se passe dans votre tête. »
Comme par hasard, les zones d'excitation s'allumaient beaucoup plus. Le simple fait de savoir que personne ne sait qu'elle regarde une image érotique permettait à la femme de s'autoriser l'excitation. Il y a un vrai décalage entre ce qui est socialement admis et la réalité de la sexualité.
Faux. C'est un muscle. Il ne s'ouvre pas avec le temps. On passe à autre chose.
Faux. Les études qui donnent 16 cm ont été faites sur des cadavres - on tirait sur le pénis en disant « là, on est au max, ça doit être la taille en érection ». Sauf qu'un cadavre, ce n'est pas les mêmes tissus.
Il a fallu des études où de vrais hommes en érection étaient mesurés par une équipe médicale. L'anecdote : en Italie, on a proposé aux hommes une réduction de trois à quatre mois de service militaire s'ils participaient à une étude de mesure. Il y a eu des milliers de volontaires. Résultat : environ 13,3 cm en érection. Le mythe des 16 cm, c'est un mythe.
Jean-Charles : C'est 13,3 pour les Italiens qui ont peur du service militaire.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Il y a eu d'autres études avec des injections intracaverneuses, qui confirment cette fourchette.
Plusieurs études ont été faites auprès des femmes. On a réalisé des moulages de pénis - en couleur bleue pour ne pas deviner la couleur de peau - et on a demandé aux femmes de choisir le pénis « idéal ». En moyenne, elles ont choisi des pénis correspondant à la moyenne de la population : environ 13,5 cm, à 0,2 mm près.
Deux résultats supplémentaires passionnants :
Premièrement, les hommes focalisent sur la longueur, mais les femmes regardent l'harmonie. Un pénis long mais pas harmonieux est jugé moins intéressant qu'un pénis plus court mais d'allure harmonieuse.
Deuxièmement, les femmes prêtent énormément attention au reste du corps. Le pénis tout seul, elles s'en ficheraient presque. C'est l'harmonie globale qui compte. Si on doit faire quelque chose, ce n'est pas tirer sur le pénis, c'est soigner notre aspect harmonieux - perdre un peu de ventre si besoin, développer un peu la musculature.
Pour la longévité aussi : garder une bonne masse musculaire diminue le risque de mortalité avec le temps.
Jean-Charles : Et la maintenir aussi, parce qu'elle diminue de manière naturelle.
Faux. C'est uniquement si on manque de testostérone. En pratiquant des méthodes naturelles - sport, maintien de la masse musculaire, bon sommeil, exposition à la luminosité du soleil, en évitant les périodes d'épuisement mental -, on peut garder un bon taux de testostérone.
Contrairement aux femmes, qui auront toutes une ménopause, les hommes peuvent ne pas avoir d'andropause, avoir une andropause partielle, ou une andropause réversible. Même quand on a une andropause, il y a des choses qu'on peut faire pour inverser la tendance.
Jean-Charles : Merci beaucoup. Est-ce que tu as un dernier conseil pratique à donner ?
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Oui. On n'a pas un problème sexuel comme ça, sans raison. Les raisons, c'est que quelque chose ne va pas, soit dans l'esprit, soit dans le corps. Si vous avez une difficulté sexuelle, considérez que c'est un signal. Commencez par vous occuper de vous.
Si, en appliquant tous les conseils qu'on a donnés tout au long du podcast, vous continuez à avoir la difficulté, surtout ne restez pas seul face à ça. Ça peut avoir des conséquences parfois terribles au long cours : des personnes qui n'osent plus faire de rencontres, qui ont l'impression de ne pas profiter de leur relation, qui sentent que leur vie n'est pas suffisamment bonne. Ça peut aller jusqu'à la dépression.
Il y a des solutions. En général, ce sont des solutions simples. Et je vais vous révéler un secret : en médecine sexuelle, le taux d'amélioration est l'un des plus élevés parmi toutes les spécialités médicales. Donc ne restez pas seuls, consultez des spécialistes.
Jean-Charles : Merci infiniment, Dr Bou Jaoudé.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Merci de m'avoir donné le temps d'expliquer tout ça.
Jean-Charles : C'était vraiment passionnant. On a vu à quel point ces problèmes de sexualité peuvent être un symptôme de problèmes de longévité plus larges. Régler le symptôme et les causes, c'est hyper intéressant. Tu nous as permis de découvrir ça avec beaucoup de profondeur. C'était drôle, mais aussi très didactique. Ça brise beaucoup de tabous, et j'espère qu'on a mis des mots sur certains problèmes que nos auditeurs peuvent vivre. Merci encore une fois.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé : Merci à toi de l'invitation.
Jean-Charles : Si vous avez aimé le podcast, n'hésitez pas à liker, repartager sur les réseaux, à en parler à vos amis, et à vous abonner pour les prochains épisodes où on traite tous ces sujets de santé et longévité avec beaucoup de profondeur. Merci encore.
Dr. Gilbert Bou Jaoudé: Merci à toi. Merci encore.
Mis à jour le 29/04/2026
Publié le 29/04/2026
Mis à jour le
29 avril 2026
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